Rien ou pas grand-chose.

1 parmi 6 milliards.
Du japonais-fourmi au colombien-revolver.
Du petit somalien, pays sans chef d'état, aux chefs d'état de mes deux qui finiront dans les dictionnaires. Pour combien de temps.
Au petit brésilien qui sniffe sa colle.
Au petit guatémaltèque qui prend sa drogue et sa kalachnikov pour oreiller, les étoiles pour couverture.
Au petit papou de Bornéo, qui tue des singes roux de sa sarbacane, sans savoir que les adresses IP passeront à 6 chiffres, et qui va être très mal quand il va falloir qu'il défende son CV devant le DRH de cette société pieuvre à démanteler vite vite vite ! pour se couler les couilles dans de l'or.
Au petit aborigène dont les ancêtres dialoguaient avec les dauphins.

Quelques décennies de vie parmi les milliards d'années de vieillesse de l'univers, cruel et sage comme un éléphant, à rêver d'un futur utopique que mes poussières auront bien du mal à apprécier comme moi , au coeur battu par celui du monde,
A la transe immobile, fascinante, ahurissante, les yeux contradictoirement ouverts...

Des idées données par vous autres, adoptées par moi, ou pas.
Des valeurs douteuses, pas le temps de vérifier grand-chose.
Guidé par je ne sais quel but. A peine le temps de communier avec un autre humain. Partager de l'amour.
Ne pas partir sans ça, désespérément.


Des données brassées par centaines de milliards toutes les journées pour faire avancer l'économie du monde, de l'Argentine à Moscou.

100 trillions de cellules qui me constituent, et dont je ne comprendrai jamais le fonctionnement, ni n'aurai la vague idée du niveau historique de complexité fonctionnelle; sang distribué, parlant un langage rêveur...


Dépendant d'un boulot commandé par des intérêts qui guerroient sans pitié.

Des mystères sans nombre, millénaires et cachés, combien inconnus, qui me flashent l'esprit, qui me cassent les idées, qui me disent que je ne suis constitué que de faux, donc sans assise historique, du vent éphémère.

Cette vie-là n'est explorée de fond en comble que par moi. Comme la tienne par toi.
Mort s'ensuivra, tout continuera.
Rien ou pas grand-chose...


Tant de secondes à se ruminer soi-même pour ne pas se déliter. Hurler sa vie devant la mort immédiate et inattendue. En tout cas refusée.

Saisir un petit bout du grand tout, le plus vaste possible. Le restituer incomplètement, imparfaitement, ne pas être compris. Etre compris mais s'évanouir dans des yeux blasés.


Disparaître dans la tombe avec ces impressions qui m'ont traduit vers l'hébétude.

Cette vie pour quoi, passer un relais. Ok.
Mourir, et puis voilà.