Une boule de chair bleue.
Simple virtuelle.
Pleine de morts successives, de blessures et de cris.

On ne sort pas du réel en entrant dans l'immatériel. A moins que ce ne soit aussi l'inverse.
Je ne connais pas d'immatériel qui soit sorti de ce qui lui semblait être une prison.
Ce qui est trompeur, c'est qu'au bout d'un moment il ne lui semble plus que c'en est une.
Comme une douleur à laquelle le temps habitue. Il faut la douleur de la conscience pour ne pas se laisser berner...

***

Une autre fois, je dévalais une pente, tout en bordel désarticulé comme un pantin
Je me rappelle comment ça se termine : par un vaste plongeon, une eau. Douce.
Une échappée.

Il n'y a pas d'échappée.
Il n'y a que des arrangements. Des deals avec l'extérieur et avec sa conscience.
Un mensonge parfait pour se duper, devrais-je dire s'absoudre, entièrement.
Et passer comme une fleur innocente entre les mailles de sa propre vérité.

Gare à ta douleur si tu te retournes sur les origines des peines.
Tu en sortiras peut-être grandi(e). Amélioré(e) ?

Jusqu'à la prochaine strate à creuser, scruter, analyser, décomposer, désassembler pour réassembler.
Il est des constatations métaphysiques qui désespèrent traumatisamment bien mieux que toutes les violences de ce monde qui  court et se débat dans l'absurde et l'arbitraire comme un homme à l'amer gelé sur place.
Il est des constatations métaphysiques qui désespèrent bien plus que toutes les agressions que l'être humain s'inflige lui-même.

La blessure originelle ne vient pas d'Eve car elle n'est pas charnelle. Elle était là bien avant notre incarnation.

C'est l'inexploration des désespoirs qui constitue les piliers de l'inconscient.

Le partage collectif des explorations des contrées désespérantes est difficile.
Car le collectif est un ensemble de naissances de lancée, de zéniths, d'interruptions brusques et de morts en permanence, tourbillonnant follement. Méta-métamorphose hystérique.

On désespère souvent sur la société et sa dureté.
Peut-être sera-t-il apaisant de savoir que notre mort n'est pas importante.
Ce qui n'empêchera l'instinct de conservation de furieusement me dire d'aller me faire foutre et de me contredire.
Notre mort n'est pas importante car nous vivons GLOBALEMENT dans une société primitive. Seulement voilà, encore faut-il le savoir. Ou le croire :)
La relation à la mort n'est pas la même dans les sociétés industrialisées et dans les sociétés tribales.
Dans les sociétés tribales, le groupe prime par rapport à l'individu. L'inconscient collectif est si prégnant et fort que ses membres sont sûrs que la mort de l'un de ces membres n'empêche pas l'esprit de celui-ci de renaître dans la communauté par la réincarnation ou la métempsycose, conservant ainsi l'intégrité spirituelle du collectif.
La certitude de cette idée conduisait certaines sociétés primitives à pratiquer des rituels mortuaires scandaleux pour l'homme occidental moderne, tel que laisser manger le cadavre d'un parent par des vautours en guise de sépulture.
Dans les sociétés industrialisées, l'individu n'est pas assujetti à un groupe particulier s'il ne le désire pas. Il change de boulot, donc d'entreprise, donc de groupe social,  et sa subsistance n'en est pas moins assurée. C'est tout l'avantage de la liberté. Seulement cela a développé l'individualisme. La mort de l'individu prend une valeur... fondamentale.
Il n'est pas étonnant de voir par exemple la mort magnifiée dans le romantisme du 19ème siècle, en pleine émergence de la société industrielle.
La mort de l'individu devient centrale puisqu'elle n'est pas assurée d'être réassimilée par le groupe. Elle risque d'être perdue à jamais et de mourir totalement. Physiquement ET spirituellement.

Cette réflexion pousse à trouver une solution apaisante.
Tout ce que je vais dire dans ce paragraphe est à prendre dans un contexte mondial.
Le monde est une société primitive. Et non pas industrialisée. Elle est primitive car elle n'a pas de cerveau central.
Elle n'est pas gérée par le respect des droits de tous mais par la loi du plus fort. Il est difficile de croire le contraire en effet  quand on sait que le pays qui domine le monde, les États-Unis, a un budget militaire qui est presque la moitié du budget militaire mondial. Autrement dit, son budget est quasiment équivalent à L'ENSEMBLE de celui du reste du monde, tout cumulé.
Il n' y a pas cerveau central avec séparation des pouvoirs. Y a-t-il jamais eu quelque part d'ailleurs, mais c'est un autre débat.
En un mot il n'est pas régulé, ordonné, organisé vers un but unifiant et mobilisateur comme le serait à peu près une nation.
- Quand on pense qu'on évolue comme un atome dans une société mondialisée et industrialisée, cela conduit à croire à un individualisme poussé au paroxysme et donne une importance à la mort à la limite du supportable. Voire au-delà de la limite.
- Quand on pense qu'on évolue dans une société primitive, unie par le simple fait qu'elle est constituée d'individus qui ont tous des points communs fondamentaux, comme le fait d'avoir un corps, comme le fait qu'on est tous sur la même planète, qu'on a tous besoin de boire et de manger, d'aimer, de croire, de communiquer, autrement dit quand on présuppose l'unité mondiale comme étant déjà un fait dans ses grandes lignes, et que notre mort sera seulement physique, et que notre esprit, nos pensées, nos sentiments seront quelque part et de toutes façons vécus par quelqu'un,
 
apaise un peu. Peut-être :)