De la Désillusion à l’Amour de Soi

Essai par Terrence


« Long et ardu est le chemin qui mène des ténèbres à la lumière »

- John Milton –
(1608-1674)



Alexandra prise d’une envie insatiable de liberté se sent étouffée par son milieu ambiant. Elle est confinée dans un monde aseptisé fait d’hypocrisie et de faux-semblant.
Cette description peut correspondre à une image d’Epinal de la vie dite en société et fait appel aux clichés les plus répandus, il n’en reste pas moins que l’atmosphère méphitique qui y règne n’est pas du goût de cette jeune femme éprise d’authenticité.
Pour quelles raisons irait-elle donc plonger dans un univers artificiel alors qu’elle ne désire que le bonheur de vivre une histoire simple dans l’exclusivité de ceux qui l’aiment sans heurts et sans reproches ?
Mais, ce qui peut lui paraître facile ne l’est pas car l’apparente simplicité d’une existence sans grands drames vient plutôt d’une vision naïve de la vie sur terre aujourd’hui.
Elle sait que sa conception des choses vient d’un cœur de femme blessée et brimée. Il est vrai que le siège symbolique de ses mobiles avait subi des outrages.
Les humiliations et les reproches sont autant de substances fielleuses qui ont empoisonné son âme. Elle désire tellement s’intégrer dans un processus d’émancipation, se libérer des fantômes d’autrefois et ne pas sentir ces regards pleins de mépris envers sa singularité.
Elle ressent donc une forte oppression dont les causes sont multiples. Les plus importantes étant la malice, la calomnie, le préjugé et surtout la normalité. Cette dernière l’avait insidieusement endoctriné.
Elle se considère comme l’adepte d’une sorte de macro secte qui par la loi du plus grand nombre impose son inique loi, sa mauvaise foi, sa subjective vérité et ses arbitraires critères.
Alors, pour s’extraire de cette machine à cloner des rachitiques du bulbe, elle fait appel à la connaissance et à la sagesse pratique. Mais, est-ce que ces vertus peuvent, à elles seules, libérer l’âme de cette jeune femme ?
Pour quelles raisons cette nymphe se sent-elle prisonnière de sa vie ? En quoi son existence est-elle une geôle ? Elle se pose des questions auxquelles elle ne peut encore répondre.
Elle cherche désespérément les réponses dans le monde onirique, une sorte de monde parallèle où se mêlent rêves et douces chimères. Cet univers imaginaire est son exutoire. Mais, elle ne peut y plonger mentalement à sa guise de par les contingences physiques et matérielles.
En dépit des injonctions normatives, elle désire faire fonctionner le côté limbique de son cerveau.
Elle souhaite développer son intelligence artistique.
Et, ne plus entendre de laïus sur le productivisme, la rentabilité ou sur le rôle que lui attribue la Société.
Cette dernière lui réclame d’être utile par le travail et par l’abnégation de la prétendue citoyenne modèle, qui, au paroxysme du dévouement national se doit d’enfanter dans la douleur une descendance qu’elle ne désire pas forcément.
Au lieu d’appartenir à cette image de femme docile mais néanmoins respectable à de nombreux égards, elle avait juste besoin d’amour.
A la raison imposée, elle choisit donc d’écouter son cœur, si fragile et si merveilleusement traître.
En effet, elle retarde inconsciemment la réviviscence d’un choc émotionnel. Mais, elle sait qu’il faut crever l’abcès.
Ce qui provoque tout ce bouleversement psychoaffectif.
L’être dont elle est encore amoureuse l’avait trompé. Alexandra, bien qu’étant plutôt une personne cartésienne se laisse dominer par un sentiment fort et étrange de vouloir être aimée par l’autre qui s’était définitivement refusé à elle et cela était inévitable dans son coeur.
Elle ne connaît point l’origine d’un tel désir qui la rend esclave tant qu’elle ne l’assouvit pas.
Véritable servitude qu’engendre ce manque.
Elle vit un drame caché comme une sorte de blessure narcissique qu’elle masque telle une comédienne de théâtre de la Grèce Antique.
Aucune émotion visible ne transparaît sur son faciès juvénile. Son comportement inquiète sa famille qui la trouve bizarre, schizothymique voire asociale.
Cette pression familiale et amicale la rend encore plus autiste que jamais.
Elle, qui par le passé, était si souriante et tant joviale s’attristait de sa régression psychique qui ressemblait à l’ante métamorphose du papillon en chrysalide.
Elle n’a pas pu et su contrôler son évolution. Sa vie, jusqu’ alors, avait été subie et non autodéterminée.
Alexandra n’est pas sûre que ses parents, qu’elle considère plutôt comme des géniteurs, l’aient désirée. Ils la considèrent comme une accidentée d’un de leurs coïts non interrompus, une enfant du péché qui prend origine dans leur propre manquement à savoir aimer un être venant de leurs entrailles.
Et, là, en vivant une relation qu’elle ressent comme un fiasco sentimental, elle se sent à nouveau abandonnée et méprisée. Ce sentiment l’habite depuis l’enfance mais elle a su regarder vers l’avant afin de se rassurer quant à l’avenir qu’elle veut plus radieux.
Mais, cette crédule espérance de l’enfant ignorant et naïf n’est plus à l’ordre du jour. Le chevalier, qui se prétendait servant, venait de lui décocher une flèche en plein coeur. La trahison plus que l’inimitié l’avait blessé dans son amour, qui apparaissait impropre. Elle se sent comme recalée à l’examen du presque heureuse.
En effet, il s’agit bien d’un échec amoureux en ce sens, qu’elle vient de rompre avec l’homme, dont elle croyait voir en lui l’amour de sa vie.
Et, la remise en question de sa conception de l’amour est donc radicale. Pourquoi a-t-elle mal ?

Son psychothérapeute lui tînt ce discours : « Vous n’avez pas une grande estime de vous-même. Parce qu’avant de vouloir aimer l’autre il faut savoir en premier lieu s’aimer. »
Le Connais-toi toi-même, principe premier dans la philosophie socratique ou maïeutique, bien que judicieux, n’est pas facile à appliquer. Comment une femme, qui vient juste de sortir d’une adolescence tardive et qui fait son entrée difficile dans un monde dit d’adultes peut se prémunir des effets dévastateurs de la fin d’un béguin ?
Oui, il serait intéressant de réaliser un sondage sérieux afin de connaître le pourcentage de gamines qui ont l’expérience relationnelle d’une ménagère de plus de cinquante ans.
Qui peut se prévaloir orgueilleusement de tous ses actes manqués, de toutes ses erreurs de parcours ?
Qui a le courage de toujours exprimer haut et fort ses convictions malgré le conditionnement de la norme ?
Alexandra ne veut plus jouer à la fille obéissante mais qui au fond d'elle se révolte contre l’autoritarisme. Une dualité entre le politiquement correct et son ressenti s’engage même à son insu.
Son désir de liberté n’est que subordonné à son besoin naturel et nécessaire de vivre en étant sûre que son coeur n’est point manipulé par un esprit ou une puissance destructrice.
D’être une femme libre parmi la multitude d’esclaves de la pensée unique.
Cette liberté ne pouvait qu’être relative, puisque d’une manière pragmatique elle sait que son mode vie est dépendant du regard et jugement des autres.
Ce qui laisse présager une guerre d’une durée indéfinie qu’elle doit mener contre elle-même et contre autrui. Combien de batailles va-t-elle perdre et gagner ?
La débauche d’énergie qui résulte de l’affirmation de soi au monde favorise un mal-être qui l’envahit et qui la tient à la limite de la tentative de suicide.
Mais, son amour de la vie est plus fort que toutes ses sensations négatives et néanmoins légitimes.
Pour quelle obscure et méprisable ingénue l’avait-il quittée ?
Qu’avait-elle fait de répréhensible pour être ainsi ignorée et rejetée ?
Elle veut crier sa souffrance.
Mais, elle se l’interdit de peur d’affoler son entourage. Un immense mur d’incompréhension se dresse devant cette femme qui ne cherche que l’amour.
Ce voyage introspectif est si pesant que la sueur coule le long de son visage malgré la douceur de ce soir de septembre.
Elle prend quand même le temps de humer l’air frais et d’entendre le silence. Elle désire goûter l’impalpable vent en ouvrant la bouche.
Elle ne ressent que l’humidité éolienne.
Cette femme se satisfait momentanément de l’expression brute de la nature.
Mais, où est donc l’homme ?
Oui, elle s’interroge sur l’absence du mâle dans sa vie.
Pourquoi cet être si différent d’elle prend autant d’importance ?
Aucune discussion entres amies n’avaient résolu ce mystère.
En effet, ses relations féminines sont touchées par le conditionnement sexiste jusque dans leur propos les plus intimes
Elle est, comme à l’accoutumée, seule face à l’inconnu, essayant de lui arracher une vérité, un postulat ou une information qui pourrait lui apporter une réponse telle une lumière au bout de son tunnel.
Les déambulations de son âme à la dérive deviennent rituelles et parfois empreintes d’une certaine liturgie baroque.
Sa maison est son temple. Il y règne souvent une ambiance à la fois spirituelle et charnelle. Les livres, la musique et le vin sont ses véritables alliés.
La naïveté d’Alexandra l’avait amenée à confier tant de secrets et de propos confidentiels à des hypocrites qui révélaient le tout en la calomniant tels des Judas livrant Jésus aux scribes et aux pharisiens.
Mais, ce qui l’affectait au plus haut point fut le coup de poignard de l’être avec qui elle avait partagé la couche.
Elle ne voulait pas y croire.
Elle essaya même à plusieurs reprises de renouer avec le traître.
Etre aimée par ce goujat devenait une obsession.
Mais, peut-on obliger quelqu’un à aimer, à prendre soin d’une personne ?
Elle sait qu’à moins de le contraindre par la force et les armes, on ne peut forcer l’amour. Et, de toutes les façons on obtiendrait qu’un simulacre de relation harmonieuse.
Elle désire néanmoins trouver une issue à l’épreuve qu’elle subit.
Elle veut continuer à vivre mais comment peut-elle vivre sans amour ?
Elle finit par réagir uniquement en terme de satisfaction, elle qui avait toujours réprimé toutes ses envies.
Ce refoulement s’était fait depuis l’âge de l’insouciance. Ses parents étaient contre les démonstrations ostentatoires des sentiments. Cette sorte de culture du non-dit qui estompe l’épidermique, le jaillissement des émotions latentes et la spontanéité du nouveau-né.
Cette brimade psychologique l’avait conduite à l’asphyxie émotionnelle. D’ailleurs, Alexandra se laisse envahir par des sensations inconnues jusqu’alors.
Elle détient donc un incroyable potentiel émotionnel qui la rend sujette à l’angoisse lorsqu’elle ne canalise pas ses désirs les plus puissants.
La puissance de cette charge affective n’a d’égale que la souffrance qu’elle occasionne.
Une douleur qui la ronge de l’intérieur.
Un vide affectif incommensurable est en elle et ce n’est pas un caprice d’enfant gâtée car cette pauvre fille n’a reçu que de l’argent comme substitut à l’amour que ses parents ne lui ont pas donné.
Alors que cette fleur majestueuse ne réclame qu’une chose : l’amour.
Elle demande aussi de l’homme qui voudrait l’aimer, de le manifester concrètement. A savoir, être embrassée et caressée tendrement et aussi fougueusement.
L’âme féminine désire ardemment la passion des corps et des cœurs.
Alexandra veut tout et toujours plus.
Ne jamais retomber dans l’oubli du désespoir.
Une conception sado-masochiste de l’amour ne peut lui échapper car elle a lu à l’âge de quinze ans Le Marquis de Sade et notamment Justine ou les malheurs de la vertu.
Son éducation sévère et religieuse n’était pas étrangère à la négation de ses besoins affectifs nécessaires à son équilibre métabolique et psychique.
Et oui, l’esprit de l’Inquisition existe toujours.
Les moralistes qui influencent négativement la vie de milliard d’êtres humains en éteignant la flamme d’amour qui réside en eux n’ont aucun remords.
Ces assassins impunis ont détruit le bouton de rose qui devait éclore.
C’est pour cette raison qu’Alexandra veut se rendre maîtresse du désir absolu. Se faire peur avec les limites de son imagination.
Certains diraient qu’elle bascule dans une sorte de maniaco-dépression en raison de cette exacerbation dans la manière de vouloir exprimer les sentiments.
Or, ce qu’ils ne veulent pas savoir c’est qu’elle suffoque dans l’étroite existence préfabriquée qu’on lui destine.
Elle en refuse tous les prémisses et ne se préoccupe plus de son image et exprime à présent sa réalité et revendique même sa vérité.
Parfois, le courage lui manque car elle se sent abandonnée dans ce combat qu’elle mène chaque jour pour ne point basculer dans la folie.
Elle a le sentiment que sa féminité est niée par ses rivales que sont l’ignorance et l’ineptie.
Le masculin n’est alors pas le seul ennemi parce qu’elle sait qu’elle peut lui trouver plusieurs sœurs. Il s’agit ici de luttes intestines qui font comprendre à Alexandra que l’on est souvent trahi par ses semblables.
Elle se dit à elle-même : « Mais qu’avait cette étrangère que je n’avais pas ? »
Elle est encore dans l’interrogation quant à cette cruelle rupture dont elle se remet très mal.
Pourquoi cet homme infidèle avait-il exercé un tel charme sur cette femme ? Parce qu’elle était sous l’empire de ses sentiments et non de sa raison.
Cet homme bien que volage et inconstant ait hérité d’une grâce que peu d’êtres humains recèlent.
Elle avait appris que le charisme est trompeur mais souvent l’attirance était plus forte que l’intellectualisation de la rencontre et cette réaction quasi-magnétique la guidait parfois vers des hommes dont elle se lassait très vite.
Ce qui n’était pas le cas de Terrence qui l’avait envoûtée.
On ne peut affirmer qu’il était irrésolu car son attitude adultérine mettait en exergue son indéniable intention de faire autant de conquêtes que possible.
Elle pensait que ce donjuanisme n’était que le reflet pitoyable de l’intériorité de son être et ne pouvait que le projeter dans les profondeurs abyssales de son néant affectif.
Rien que cette pensée vengeait quelque peu le déshonneur d’Alexandra.
Elle se sentait déjà mieux mais cette courte victoire n’était pas la compensation escomptée.
En fait, personne ni aucune chose ne viendrait compenser les blessures, les déchirures et les innombrables séquelles qu’elle portera comme d’éternels stigmates d’un passé révolu, certes, mais encore trop récent pour en nier la douleur.
Ceux, qui méprisent le ressenti d’une âme innocente sont les ennemis de l’amour. Les psychorigides génèrent la plupart du temps l’angoisse des personnes émotives et idéalistes.
C’est la raison pour laquelle elle se dit anxieuse : « Je vivrai avec ça toute ma vie. »
Son plexus solaire subît soudainement une oppression.
Elle ne sait pas d’où vient cette angoisse.
Elle a besoin d’une lumière salvatrice et purificatrice.
Est-ce qu’un autre coeur pourrait sauver le sien ?
Une amorce vers un autre genre de relation basée sur plus de sincérité et d’authenticité l’attire mais Alexandra n’est pas guérie pour autant car les larmes coulent à nouveau sur cette figure angélique.
Son regard dans le vague et souvent névrotique traduit l’innocence qu’elle a perdue.
Où se trouve la petite fille souriante et joyeuse ?
Peut-être avait-elle toujours fait semblant?

Le paraître l’avait emportée sur sa réalité intérieure.
Mais, qui est cette jeune femme?
Qui connaît les moindres recoins de son âme?
Qui peut se vanter d’en avoir découvert tous les méandres?
Son esprit en devient malade.
Point d’une vulgaire pathologie imaginaire mais d’un véritable mal de la psyché que même la prise de substances psychotropes plus ou moins illicites ne peut faire oublier.
Alors, si elle ne peut occulter sa mémoire affective, elle se doit de vivre avec elle et aussi de se réconcilier avec elle-même car elle en a besoin.
Toutes les questions existentielles, qu’elle s’était posée la veille, avaient ébranlé Alexandra dans ses certitudes.
Comme elle doute d’elle-même, comment peut-elle encore croire au bien-fondé de tout ce qu’on lui avait appris ? Elle décide, alors, de désapprendre les dogmes en réapprenant par la vérification de toutes choses.
Ce travail difficile sur elle-même laisse peu de place à l’affectif.
Elle prend donc la résolution d’allier l’utile à l’agréable.
Elle se dit qu’il faut qu’elle prenne en compte son vécu corporel et spirituel.
Qui est-elle au juste ?
Pour quelles raisons s’était-elle étiolée dans cette chronique d’un désamour annoncé qui l’avait flétrie telle une orchidée qui se fane avant l’heure ?
Elle avait sûrement vécu d’une manière végétative mais quant à l’esprit de la femme éprise de l’idéal du bonheur, elle l’avait occulté et caché par peur d’être l’objet de vifs reproches.
Elle sent le besoin du baptême.
Point d’une tradition de la chrétienté mais plutôt d’une immersion complète dans l’univers de son coeur qu’elle avait oublié de côtoyer.
Cette envie d’être en communion avec ce qu’il y a de plus essentiel en elle devint sa quête, sa sainte croisade vers le Graal. La femme désire s’épanouir en s’abreuvant du vin de la joie. Il lui faut rechercher le Calice même si elle doit le boire jusqu’à la lie.
Affronter le monde inique ne lui fait plus peur.
Nourrir son âme du livre de la nature devient une urgence.
Prendre un bain avec les derniers rayons du soleil de ce début d’automne est la priorité du jour.
Après quinze jours d’enfermement, elle se promène dans un jardin qui la ravit telle une enfant innocente face aux merveilles d’une faune naturelle et d’un écosystème.
Elle revient à ses amours infantiles mais point dérisoires.
Etre en harmonie avec les quatre éléments constitutifs de la planète sur laquelle elle vit est plaisant.
C’est la pluie qui commence le festival et le vent ajoute sa touche personnelle à ce qui ressemble pour l’instant à une petite bourrasque. L’air y est, bien sûr, plus pur qu’en ville et cette senteur hyper oxygénée et boisée provoque une réminiscence de souvenirs enfouis par le poids des années citadines.
Elle prend plaisir à marcher sur cette terre riche d’humus et de fleurs de toutes sortes.
Elle empreinte les sentiers sinueux, des chemins qui ne mènent souvent nulle part.
Elle pense à tous ces arbres qui dans certaines régions du globe sont calcinées par des feux provoqués ou accidentels.
« Cela n’arrivera pas aujourd’hui ! » : Se dit-elle.
Elle est loin des soirées mondaines, des festivités, des bacchanales et autres beuveries organisées dans le but de distraire la jet-set.
Sans qu’elle ait choisi intentionnellement ce mode de vie, elle avait été obligée de se plier aux mondanités depuis son adolescence.
Elle est, effectivement, la riche héritière d’une famille dirigeante dans l’industrie pharmaceutique.
La position sociale parentale la contraignait à l’obéissance sinon elle aurait vécu un genre de bannissement en étant considéré comme persona non grata d’une famille issue de la haute bourgeoisie parisienne.
Des divertissements contrôlés par les sphères de pouvoir ont un avantage majeur pour ceux qui les organisent à savoir s’assurer qu’un sang impur ne viendrait pas souiller la progéniture de cette race supérieure.
Et, c’est dans une de ces orgies politiquement correctes qu’elle avait rencontré Terrence.
Comment aurait-elle pu résister au charisme d’un jeune, beau et compétent docteur américain qui au premier abord n’avait pas l’air d’entretenir une relation de pouvoir avec elle ?
Malheureusement, Alexandra n’était pas une experte sur le plan relationnel comme la plupart des humains qui composent notre planète. Elle avait une compréhension empirique de la psychologie.
Alors, comment pouvait-elle désamorcer un tel mode de communication pervers qu’elle entretenait avec Terrence ?
De plus, comme elle avait vécu sa tendre enfance à New York, elle avait cette fascination ambiguë et complexe pour l’Amérique.
Cet atlantisme pourrait être perçu comme une espèce d’acculturation en ce sens qu’elle ne tenait pas pour prépondérante la culture de ses origines ancestrales. En elle naissait l’émouvant et pathétique désir d’être acceptée au détriment de sa nature propre. Cette volonté conditionnée n’appartenait qu’à la petite fille qui se sentait seule et anormalisée.
Si elle avait eu une grande intelligence émotionnelle elle aurait pu déjouer sa manipulation en le mettant face à sa réalité affective de misogyne.
Oui, Terrence n’était pas machiste car elle ne pouvait avoir d’estime envers un crétin qui n’aurait été que l’héritier de nuisibles traditions issues d’une mauvaise interprétation du rôle de l’homme dans le système patriarcal.
Néanmoins, elle savait que la misogynie est une parade qu’utilisent certains membres de la gent masculine pour se protéger des femmes en raison d’une peur infantile de la mère.
Ces hommes sont parfois cultivés et connaissent relativement bien la psychologie et la physiologie du sexe que les machos de base prétendent faible.
D’ailleurs, l’autre sexe ou deuxième sexe, est obsessionnel chez Terrence.
Il considère la femme comme un objet artistique qu’il faut à tout prix collectionner. Une succession de pubis et de visages aussi singuliers et originaux que le seraient d’innombrables tableaux dans une galerie d’art.
Sa conception de la femme il ne la révèle jamais. Même lorsqu’il est démasqué par ses victimes. Ces naïves qui croyaient chacune d’entre elles être son égérie, ne sont plus que des désenchantées, des déprimées et des schizophrènes.
Cet être machiavélique ne désire qu’une chose d’elles : les dominer ou les détruire mentalement.
Il est une espèce de gourou qui accepte une adepte à la fois. Après avoir bien joué avec l’une, il veut se payer une autre poupée qu’il ensorcelle.
Il n’y a point d’amour dans ces relations mais beaucoup de malice et de vice. La volonté de nuire aux femmes en détruisant leur personnalité est pour lui un jeu. Il s’impose à elle, en leur faisant croire qu’elles contrôlent la relation. Mais, en maître manipulateur, il tisse une toile empoisonnée dans laquelle il piège ses proies et les dévore sans la moindre culpabilisation.
Aucun scrupule ne viendrait perturber son esprit froid et calculateur. Tout n’est qu’illusion. Sa normalité sociale n’est qu’un vernis pour cacher les immondices et autres déchets qui symbolisent ses mobiles.
Et, ses motivations n’ont rien à envier à celles d’un tueur en série. Au détail prés, qui n’en est pas un pour ses victimes, qu’il ne les tue pas physiquement mais moralement.
Qu’est-ce qui provoque le pire ?
L’éradication de la chair ou l’anéantissement de l’esprit ?
Peut-on vivre avec joie en ayant un esprit malade ?
Tous les psychiatres affirmeront que l’esprit est tout aussi important que le corps et s’accorderont pour dire qu’un esprit touché par la maladie mentale provoquera des troubles physiques ou somatisation.
Toute cette théorie, Alexandra commence à la comprendre.
Elle se rend compte du tort subi et pleure sur ses malheurs qui la submergent plus que jamais.
Elle se demande jusqu’à quand va-t-elle souffrir parce qu’elle est inapte à se dessaisir d’une telle relation destructrice ?
Pourquoi accepte-t-elle cette situation humiliante et masochiste ? Parce qu’elle croie que sans le regard et le semblant d’amour de son ennemi préféré elle pourrait ne plus avoir envie de vivre.
Terrence avait bien inoculé son virus dans l’esprit d’Alexandra et même après la rupture elle peine à trouver un antidote à ce fléau qui envahit son être tout entier et qui perturbe la biochimie de son cerveau. Ce qui favorise une dépression nerveuse.
Elle se culpabilise d’un crime qu’elle n’a pas commis. D’après elle, en arriver à ces extrémités est une preuve d’immaturité émotionnelle mais en comparaison de la douleur ressentie elle refusait la morale du con qui sait tout.
Elle en a assez de ces donneurs de leçons qui, autoritairement, lui imposent leur conception personnelle donc subjective de la vie.
D’ailleurs, en cette période de dépression et de remaniement spirituel, elle fuit tous censeurs et faux consolateurs qui voudraient la condamner injustement. Pourquoi serait-elle obligée de subir une telle injure ?
Pourquoi supporterait-elle ceux qui exercent leur injustice sur sa personne ?
Il est vrai, que la plupart du temps, elle ne peut pas faire autrement.
Mais, la volonté elle n’en manque pas lorsqu’il s’agit de combattre des bêtes néfastes.
Elle sait qu’il n’y a point de mystère chez ces gens là car ils n’ont que du poison dans le cœur.
Et, nous ne pourrions pas lui rétorquer naïvement : « Toi aussi ma pauvre fille ». Mais, nous pourrions soupirer au regret de constater qu’elle n’a rien de la petite fille à papa qui lèche, à s’en extraire la langue mal pendue, les dentelles surannées de maman.
Elle se méfie aujourd’hui de ces rhéteurs aux accents dissimulateurs et aux verbiages manipulateurs.
Oh ! Que de verve dans leur conformisme langagier !
Ils croient présomptueusement aux inepties qu’ils érigent en idéologies.
Comme toutes les personnes éprises d’équité, elle se méfie de cette race de sophistes qui exploitent l’ignorance.
En effet, ils l’accusent d’être idéaliste, immature et inadaptée.
Mais, elle peut leur rétorquer que s’inscrire dans une politique qui a pour finalité la liberté de l’être n’est pas une vaine cause.
Du moins, pour ceux qui croient fermement aux vertus de l’ante fascisme.
Pour les autres, elle les laisse dans leur liberté mais elle leur impose de préserver la sienne.
C’est pour cette raison qu’elle se fait discrète auprès de ses amies et de possibles prétendants qui ne feraient qu’ajouter un plus à son désarroi.
Elle finit par développer une sorte de paranoïa de surface qui la rassure sur la marche à suivre afin d’affronter sans trop d’appréhension un futur proche.
Se protéger des vampires devient vital pour celle qui par le passé fut extravertie à l’excès.
En effet, son comportement histrionique qui avait pour finalité l’obtention de l’attention d’autrui sur sa personne n’est plus au goût du jour.
Pourquoi ? Parce que son nouveau comportement lui apporte un réconfort immédiat. Celui d’être moins la cible de la vindicte populaire en raison de l’ostracisme qu’elle s’attirait par son côté volubile. L’idée d’immédiateté fait donc partie de sa nouvelle existence.

Ce carpe diem est vécu naturellement par celle qui cherchait auparavant à tout intellectualiser.
Aujourd’hui, elle s’efforce de s’écouter de l’intérieur et de combler ses besoins naturels et nécessaires.
Elle n’avait jamais vraiment fait attention à la petite voix qui lui disait qu’elle prenait un mauvais virage ou que telle route était impraticable.
Ses choix alimentaires, vestimentaires et concernant toute autre chose matérielles étaient dictés par la raison seule mais lorsqu’il s’agissait du relationnel, elle se laissait totalement guider par ses sentiments.
Pour aimer un homme, il lui fallait cette étincelle qui ferait chavirer son coeur. Sans cette flamme qu’elle prenait pour un feu, elle se glaçait et refusait tout rapport intime et intellectuel avec un homme. Aussi séduisant fut-il.
A moins d’une relation uniquement basée sur le sexe. Et là, une fois l’acte consommé, elle redevenait idéaliste dans sa conception de l’amour.
Depuis sa rupture, elle ne croit plus au mythe du prince charmant mais elle n’a pas renoncé au souhait de rencontrer un homme dont elle apprécierait l’empathie.
Alexandra en a assez de vivre dans son orgueilleuse solitude. Elle désire plus qu’une simple idylle de vacances, elle souhaite la formation d’un couple symbiotique.
Ce besoin de relation fusionnelle devient sa principale préoccupation même si elle ne le verbalise pas forcément. L’inconscience traite le reste.
Est-ce un fantasme dû à une psychopathologie ?
Ne s’agit-il pas plutôt d’un désir, somme toute, conventionnel ?
Le monde n’est-il pas rempli depuis l’aube des temps d’êtres humains recherchant dans l’autre un remède à leur solitude ?
Outre le fait qu’ils partageront l’éros, n’est-il pas naturel qu’une femme qui se sente seule désire un réconfort, une consolation de la part d’un homme qui lui offrira son coeur sans restriction ?
Cette découverte mutuelle n’est-elle pas une des plus belles aventures que peuvent vivre une femme et un homme ?
Le propos hétérosexuel est son choix mais n’est pas une fin en soi.
Comme il n’existe qu’un terme usuel pour désigner la forte appréciation d’une chose, d’un être vivant ou mort, elle faisait autrefois l’amalgame simpliste entre attirance et amour.
Mais, selon les dires d’Alexandra la notion d’amour revêt divers aspects, comme l’amour familial, l’amour amical, l’amour physique ou érotique et l’amour désintéressé basé sur les principes.
Mais, Alexandra a appris aussi que l’amour n’est jamais acquis et qu’il se crée et n’est pas inné en soi. Elle commence à en comprendre les pièges et les mécanismes.
D’ailleurs, ce dont elle a besoin dans son cas c’est d’un homme qui saurait inventer l’amour et non d’une illusion. En effet, comment pourrait-elle aimer un homme qui jouerait à l’amoureux et qui ne lui prouverait pas la prétention de son amour par des actes concrets ?
Alexandra sait qu’elle peut donner alors elle réclame aujourd’hui une totale réciprocité.
Jusqu’à présent, elle s’était laissée abuser par des paroles de bellâtres et par des promesses non tenues. Les conséquences de cette manipulation mentale sont la dépression ajoutée à l’angoisse qu’elle subit depuis la fatale rupture ainsi qu’une peur panique lorsqu’il s’agira d’accorder de nouveau sa confiance à un éventuel nouvel amant.
De quoi son avenir sera fait ?
Elle est désormais face à son devenir. Qu’en fera-t-elle ?
Arrivera-t-elle à contrôler le cours de sa vie ? Elle s’efforce de faire, chaque jour, le vide dans son esprit perturbé.
Une mise au point qui s’avère nécessaire et vitale sinon elle pense qu’elle finira ses jours dans un quelconque asile de province.
Son milieu ambiant se chargera de l’internement. Car, sa famille, qui pense avec de nombreux préjugés, n’accepterait pas l’idée d’avoir en son sein un membre déviant.
Alexandra en souffre car depuis sa tendre enfance elle est plutôt émotive et cette sensibilité exacerbée lui cause une douleur morale équivalente à une auto torture.
Elle voudrait tant que ses proches progressent dans la compréhension et régressent dans le jugement.
Qu’est-ce qui peut pousser une femme à être marginalisée ?
C’est à la fois insultant, discriminatoire et arbitraire.
La peur de la différence engendre l’incommunicabilité des êtres. Eugène Ionesco dans sa Cantatrice Chauve dépeint avec brio et talent cet univers de dialogues de sourds.
Cette conception cynique des relations humaines l’épouvante.
Alors, elle voudrait qu’au moins un être humain sache l’écouter activement afin d’exorciser ce trop plein de négatif. Mais, personne n’est disponible et ses proches lui refusent catégoriquement toute aide qui serait pourtant la bienvenue.
Elle en déduit qu’il est à la mode de positiver en dépit des souffrances ressenties.
De quelle façon s’en sortira-t-elle ?
Elle croit qu’elle se doit de se poser la question qui est de savoir où est-ce que la genèse de cette désillusion prend sa source ?
Elle ressent le besoin de coucher sur le papier toutes ses pensées sous la forme d’un journal intime. L’idée de se défouler sur un cahier avec un stylo pour exprimer tout son ressenti et sa subjectivité ne lui déplaît pas.
Elle se donne alors un défi : dénoncer la cause de sa souffrance.
Mais, au juste qu’elle est-elle ? Il est facile de critiquer mais quant au sujet du pamphlet elle a beaucoup de mal à le cerner.
Atteinte par la fatigue, elle remet cette thérapie calligraphique au lendemain. Une sorte de pergélisol mental l’envahit avant de dormir.
Au matin, en somnolant dans son lit, véritable refuge psychanalytique, elle comprit que son erreur dans la manière d’aborder sa vie était un manque de concentration sur sa propre existence.
Contrairement aux idées reçues, elle découvrit que les différentes facettes du développement de l’ego étaient importantes dans la structuration de sa personnalité.
Dès cette prise de conscience, elle ressuscita.
D’une lente et douloureuse résurrection.
Elle avait compris qu’elle avait été conditionnée par une kyrielle de facteurs dont l’éducation parentale et institutionnelle, ses fréquentations amicales et professionnelles ainsi que par ses particularités génétiques et acquises.
Cette jeune femme refusait donc ce moule qu’on lui avait imposé.
Elle s’efforce aujourd’hui d’établir sa propre norme malgré ce qu’il reste d’interdits et de préjugés. Alexandra devient donc plus égoïste, plus égocentrique et plus égotiste.
Et, en dépit des critiques négatives de son entourage sur son nouveau comportement, le résultat de ce réel travail narcissique est merveilleux. Elle rayonne tel l’astre solaire sur son environnement.
Cette auto-analyse avait donc permis un épanouissement de l’être.
Mais, est-elle heureuse ?

Chaque jour, elle tente d’interroger le bonheur pour en savoir un peu plus sur l’origine de son malheur.
Elle peut répondre qu’elle est satisfaite d’exister en bonne santé physique et mentale dans un pays qui par sa Constitution est censé avoir le devoir de respecter ses droits et sa liberté relative.
Le fait de se centrer sur elle la réconcilie avec tous ses désirs enfouis au plus profond de son inconscient.
Elle désire être une personne unie comme elle ne l’avait jamais été par le passé. Elle en assez des dualités entre l’esprit et le corps.
Elle réclame à sa raison et au champ des possibles de combler ses besoins fondamentaux.
Elle rejette la dictature du prêt à penser.
Et, refuse de se lancer dans des combats qu’elle ne peut gagner.
Elle a donc vaincu provisoirement sa désillusion.
Lorsqu’elle n’est point velléitaire, elle agit pour le bien de son ego en pensant aux conséquences de ses actes car elle a entendu parler de l’effet Papillon.
Ce concept extrait de la Théorie du Chaos explique pour illustrer son système qu’un battement d’ailes de papillon au Japon pourrait entraîner par une série de micro et macro évènements une tempête à New York.
Donc, elle sait qu’en décidant plus ou moins consciemment d’amorcer une amitié ou d’entamer un processus amoureux, cela provoquerait une causalité qu’elle pourrait ou non assumer.
Mais, rencontrera-t-elle réellement un homme au cœur pur qui l’aimera en actes et en vérité et avec une passion réciproque et la même intensité ?
Et, peut-être, si l’occasion se présente un jour ou une nuit elle rencontrera et aimera l’autre encore inconnu.
Elle lâche prise.
Elle décide de survivre malgré sa crise existentielle.
Elle sait, après avoir lu plusieurs livres sur la neurologie et la psychologie, que les névroses ou psychoses dont l’humain peut être atteint sont souvent dues à des altérations du fonctionnement de l’esprit.
Une schizophrénie voire un désordre métabolique global peut être la cause majeure d’un raisonnement qui aurait sur ses actions une conséquence négative. Il peut en résulter un raisonnement impur en ce sens qu’il occulte les réponses aux questions métaphysiques qui devraient être, selon elle, les finalités absolues du travail philosophique et dont l’étymologie nous renvoie à l’amour de la sagesse.
Elle s’est référée au Mythe de la Caverne de Platon. Sans la compréhension des notions fondamentales inculquées en partie par ce qui constitue une philosophie partielle enseignée aujourd’hui par des professeurs ou des écrivains, elle ne pourrait discuter du raisonnement en lui-même.
Elle pense que le cerveau est l’organe le plus complexe et le plus mystérieux de l’humain. Or, même si elle détient tous ces composants génétiques du cerveau, ils peuvent se modifier superficiellement ou profondément.
Elle considère donc qu’il est vital qu’elle intègre quotidiennement une bonne gestion de la biochimie de son cerveau.
Mais, elle se rend compte que rares sont ceux qui gèrent réellement avec équilibre leur capital neurologique.
Elle tient volontairement ce discours pseudo dogmatique car il met en relief le travail de personnes qui étudient sérieusement le fonctionnement du cerveau et cette recherche ne peut, jusqu’à preuve du contraire, faire l’objet d’une quelconque controverse.
Mais, après avoir compris toutes ces choses, pour quelles raisons Alexandra se sent-elle encore prisonnière d’une vie qu’elle refuse ?
Parce qu’elle pense être un rouage d’un système triptyque composé du politique corrompu, du religieux obscurantiste et du commercial cupide.
Elle croyait être si forte alors qu’elle n’a pas pu totalement contrôler sa vie.
Elle avait la présomption de croire que son intelligence au-dessus des normes pouvait lui permettre de faire montre de prescience au point de prédire tous les évènements majeurs de son existence et d’en modifier la tournure s’il s’agissait de choses négatives ou dramatiques.
Elle a appris, en souffrant, qu’aucun humain ne peut maîtriser la Théorie du Chaos ?
Car qui peut contrôler le paramètre hasard ?
D’ailleurs, elle sait que ce que l’on nomme vulgairement hasard n’est que ce que l’on ne connaît pas, ce que l’on n’arrive pas à définir et à comprendre. L’inconnu est donc mystifié par un terme passe-partout qui permet d’en occulter la recherche. C’est ce que définit Albert Einstein dans sa Théorie de la relativité générale en tant que constante cosmologique.
Alexandra essaye de discerner ce en quoi le monde croit, si l’on peut ainsi prétendre appréhender et définir le cosmos.
Mais, elle ne connaît point la raison principale qui pousse l’humain à chercher à ressembler de si prés aux animaux qui ne privilégient que les prétendus forts au détriment des présumés faibles. Le darwinisme est-il une fatalité ?
Elle se sent donc esclave d’un monde où seules les performances sont valorisées au détriment des qualités.
Alexandra vit dans un monde où le culte de l’apparence est roi et où l’éloge de l’intériorité de l’être est marginalisé.
Lorsqu’elle parlait dans son adolescence de noblesse de cœur et d’âme, elle fut considérée par son entourage comme une rêveuse qui ne vit pas dans son temps.
Mais, elle passera outre toute cette pression psychologique de ceux qui croient la ramener sur le bon chemin ou de ceux qui croient agir et parler pour son bien. Alexandra désire inventer sa propre norme.
Elle veut se libérer des contraintes.
Mais, quel est le prix de la liberté ?
Peut-elle réellement s’affranchir politiquement, physiquement et moralement ?
Elle se rend compte que ses supposés choix, ne sont que des réactions provoquées par des stimuli. Ces réflexes dus à des incitations implicites sont le fruit d’un conditionnement social et d’une programmation génétique.
Où est donc la part de choix délibéré ?
Ne vit-elle que dans l’illusion qu’elle peut contrôler sa vie ?
Elle sait qu’elle est assujettie aux lois de son pays et qu’en cas de guerre le gouvernement l’obligera à démontrer son patriotisme même si elle ne sera pas mobilisée et envoyée au front.
Et, elle est convaincue qu’elle vieillira et qu’avant la mort irrémédiable elle devra cotiser pour sa retraite vieillesse, régler ses quittances de loyer, ses factures d’électricité, de téléphone et éventuellement les échéances pour sa voiture.
Toutes ces contingences pourront perturber ses méditations si elle en a le temps. Cette description apparemment négative de l’existence n’est l’apanage que de ceux qui sont vraiment inscrits dans le réel.
En outre, Alexandra ne connaît pas son avenir et est bien décidée à dompter son existence telle une Amazone chevauchant fièrement sa monture et décochant une flèche vers sa destinée.
Sa science du vivant ne lui sert plus à rien car elle parcourra toujours une route semée d’embûches et prendra parfois à contresens et quelque fois une bonne dizaine de fois le même chemin.
Les expériences se répètent souvent à l’infini sans en voir l’issue mais si elle en sort vainqueur elle n’en sera que plus aguerrie et plus mature.
Elle ne désire plus vivre pour le plaisir d’autrui mais elle veut vivre un bonheur plus personnel et plus secret. Elle croit à l’adage qui dit que « pour vivre heureux vivons caché ».
Se protéger des calomniateurs et des faiseurs d’embrouilles. Comme elle n’a pas encore inventé le vaccin contre la bêtise, elle se doit de se protéger contre ses auteurs.
Alexandra est une femme qui veut retrouver la joie qu’elle avait enfant. Ce retour aux sources la ramène sur la voie de la raison.
Mais, elle connaît aujourd’hui l’origine de ses souffrances : le manque de liberté.
Elle n’a pas eu la liberté de choisir ses géniteurs et ce qui a fait de sa vie un enfer. Elle sait que la liberté est un trésor qu’elle a toujours recherché consciemment ou inconsciemment.
Elle est prisonnière d’un corps qui la définit et qui la positionne face aux humains sur cette terre. Cette interface biologique imparfaite présente des faiblesses dont elle se passerait si elle le pouvait.
Mais, elle s’oblige à vivre au jour le jour. Profiter de ce que sa vie lui offre.
Pour quelles raisons irait-elle s’aliéner dans une relation exclusive qui l’amènerait à être encore dans une histoire où il y aura toujours une dominance de l’un ou de l’autre et donc lui enlèverait cette liberté qui lui tient tant à cœur ?
Elle sait à présent que dans le réel amour, qui est aussi rare qu’un trésor, il n’y a pas de peur.
Alexandra ne renonce donc pas à son idéal et elle est toujours à la recherche de son paradis et refuse une désillusion totale. Tant qu’elle vivra elle cherchera et trouvera son bonheur dans l’application de choses simples que conceptualise bien Epicure dans sa thèse sur les besoins naturels et nécessaires.
Donc, pas de remèdes miracles à ses maux mais une aventure intérieure formidable et une vie qui vient juste de débuter.
Elle est passée de la désillusion au bonheur relatif.
Seules la mort et la maladie peuvent mettre un point final au livre de sa vie.
Or, ce dont elle est le plus persuadée est qu'un être humain censé et rempli de puissance ne peut mettre un terme à sa propre création.
Et, aimer n’est-il pas l’acte de création par excellence ?


The End.